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Il n'y a pas qu'à Londres qu'on a des livres !

Le Samedi 12 Septembre 2009 à 19:27 par Meuh

 

Il n’y a pas qu’à Londres qu’on a des livres

 

Tandis que le nouveau Benchetrit, le nouveau Amélie Nothomb, le nouveau Sylvie Germain, etc. sont arrivés, que les critiques désespèrent et que les maisons d’édition ne sont pas prêtes de regretter, leur rentabilité tient tant à eux, nos tables de nuit vont bientôt voir s’échanger livres détente et livres d’entente avec le système universitaire.

 

« Et le jour pour eux sera comme la nuit »

d’Ariane Bois

 

Ou comment devenir dépressif en moins de cent-trente pages…Denis, le fils ainé d’une famille parisienne du XVe arrondissement tout à fait normale, met fin à ses jours.

C’est la première page, après le roman aurait pu partir un peu comme un excellent « Je vais bien, ne t’en fais pas », mais au lieu de cela : un ennui languissant. Cent-trente pages de lamentation, c’est si long et si au début, tout ça peut paraître émouvant voire poignant, c’est surtout très vite agaçant.

Et c’est dommage ! Le Monde vous dira que c’est un livre « d’une sécheresse étonnante, un texte rare ». Moi, j’ai trouvé ça chiant, parce que finalement, en partant d’une idée pas trop mal et en ayant des idées sur le sujet, puisque l’auteure est grand reporter spécialisée dans les sujets de société, j’ai eu la terrible impression de tourner en rond.

 

Les scènes et la déflagration d’une famille modèle, miette par miette, pour mieux se reformer est bien décrite, elle est juste, c’est sûr. Mais, j’aurais disposé son texte autrement. Chaque passage d’à peu près de quelques dizaines de lignes est intrinsèque à un des personnages familiaux, un rythme trop rapide. Il aurait été plus efficace, je pense, de faire durer ses passages plus longtemps, parce que le décrochement récurrent est vraiment épuisement, il aurait pu être un soutien au texte mais le laisse légèrement tomber dans l’abîme de l’attendu autant que de l’entendu.

 

 

« Dis-oui, Ninon »

de Maud Lethielleux

 

« Zélie lui dit que ses promesses, il ne les a jamais tenues. Fred n’est pas du tout de cet avis, il dit qu’il s’est adapté aux contingences de la vie et qu’il fait tout ce qu’il peut mais qu’elle ne voit que ce qu’il ne fait pas. Elle répond : Bien sûr, bien sûr. Ils ne s’occupent plus de moi alors je pars me mirer dans l’eau du vieux puits, celui où y’a les grenouilles. Quand je reviens, elle me demande si je suis sûre complètement à cent pour cent en toute connaissance de cause. Je dis que je connais mon père par cœur, que je suis pas dupe comme elle dans sa jeunesse et que de toute façon, si elle m’amène chez Gro…Olive, je ne resterai pas parce que je ne veux pas fermer le portail. Zélie se fâche avec les yeux et elle s’en  va, elle dit que je n’ai plus mes idées personnelles, c’est mon père qui m’influence à cause de la jalousie. Je rigole très fort parce que moi je serai jamais jalouse de Grocon, jamais de la vie absolument ! Et je cours me cacher dans les bois.

Quand je n’entends plus la voiture, je reviens. On part acheter du pain pour se faire des sandwichs et on va passer notre première nuit à la maison, sous le ciel d’automne. On écoutera les feuilles s’envoler et demain matin on se réveillera sous la rosée avec les oiseaux sauvages. »

 

Ninon a neuf ans, Zélie, sa mère, est séparée de son père, Fred. Ninon a choisi d’habiter avec son père, parce que sa mère et sa sœur sont installées avec Grocon. Ninon construit sa vie comme sa maison avec Fred. L’école, c’est un emploi à mi-temps, et Madame Kaffe, elle ne lui fait même pas peur. Elle traie ses chèvres mais ne les mange pas, comme les poissons, sinon on viderait la mer.

Un roman très mignon, un style à faire pâlir les plus puristes, mais qui traduit très justement une insouciance purement enfantine. Une sorte de regard naïf sur les problèmes des grands, semblant les narguer de ce qu’ils se tordent bien trop l’esprit. Très étrange, peu ordinaire et qui vaut le détour.

 

 

 

 

« Le mec de la tombe d’à côté »

de Katarina Mazetti

 

Comme ne l’indique pas son nom, Katarina Mazetti est suédoise, et la littérature suédoise, j’aime. Désirée se rend au cimetière quasi quotidiennement. La tombe d’à côté est très laide et très plouc, et le mec qui s’y rend a des moignons à la place de trois de ses doigts. Elle épie cette tombe et s’en moque et s’en dégoûte, et puis forcément, elle croise « son » regard et là c’est le début de la fin.

 

Benny a perdu ses deux parents et a repris l’exploitation familiale. En classe, il était doué, mais ses vaches, il les préférait de loin. Les murs de sa maison sont armés de points de croix ; les murs de l’appartement de Désirée de peintures modernes. Le métier de Désirée, ce sont les livres. Chez Benny, le rayon livres se réduit à un empilement de revues intitulées «Le Paysan ».

               

Un livre drôle, touchant, énervant, imprévisible. Vous savez, ce genre de livre qui vous donne envie de s’y replonger rien que d’en écrire deux mots. Du début à la fin, on reste tenus par les entrailles au rythme tatillon de chaque mot. On appréciera décidément jamais trop la littérature suédoise.

 

 

 

 

« Tête de Gondole »

de Christophe Rioux

 

Christophe Rioux enseigne  l’économie à la Sorbonne, dans plusieurs Grandes Ecoles ainsi qu’à l’étranger. « L’économie » ! Pas de la sociologie de bas étage sur la surconsommation des sociétés modernes, s’il-vous-plait !  Demandez à votre prof de micro de vous tartiner du Marx platement calqué sur un fond d’écran qui rend toute analyse caduque. Comment peut-on oser publier une merde pareille ?

Le héros a fait de brillantes études littéraires et trouve comme seul choix de se faire happer par un hypermarché. Il devient le cauchemar de tout gentil rêveur et l’objectif de tout méchant capitaliste. Il n’a plus de conscience, tue la créativité des artistes à des fins pécuniaires, il devient peu recommandable. Platonique et risible.

 

Si ce livre a soulevé ne serait-ce qu’une once d’intérêt, ça serait de savoir comment un professeur d’économie peut écrire sur le diable capitaliste tout en n’en esquivant les caractéristiques d’un manifeste, puisque si ce roman était voué à être politique, il serait au moins convaincant. Vous l’aurez compris, dépensez votre argent ailleurs.

 

 

« Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates »

de Mary Ann Shaffer & Annie Barrows

 

Page vingt-trois , de Juliet Ashton à Dawsey Adams : « Si vous avez le temps de correspondre avec moi, pourriez-vous répondre à quelques questions ? Trois en fait. Pourquoi avoir dû tenir secret un dîner de cochon rôti ? Comment un cochon a-t-il pu vous inciter à créer un cercle littéraire ? Et surtout, qu’est ce qu’une tourte aux épluchures de patates, et pourquoi est-elle mentionnée dans le nom de votre cercle ? ».

De l’île anglo-normande libérée de Guernesey à l’affriolante Londres d’après-guerre, trois réponses. La première : le rationnement. La deuxième, un beau mensonge : tandis que les invités arpentent aveuglément les champs de maïs sur le chemin du retour de ce fameux dîner, les soldats allemands viennent interrompre leurs pérégrinations d’après le couvre-feu. Elizabeth alors de prétendre à la réunion hebdomadaire d’un cercle littéraire. Et voilà notre compagnie bien obligée de se mettre à lire et à débattre sous la bénédiction de l’occupation allemande. La troisième réponse : une recette pour le moins étrange…

Nait alors un roman épistolaire craquant entre cette journaliste en vogue durant la guerre et les habitants de Guernesey au début, puis entre une journaliste en vogue durant la guerre habitant à Guernesey et ses proches anglais et écossais qu’elle passionne de ses découvertes par la suite.

Des personnages charmeurs, une ambiance british à la manière de Jane Austeen à la sauce après-guerre. Alors s’il existe un adjectif essentiel por décrire ce roman, ce serait réjouissant : une Juliet réjouissante, une histoire réjouissante, une forme (un roman purement épistolaire qui évite ainsi toute longueur) réjouissante et une fin, sans en douter évidente et c’est aussi ça qui est réjouissant, réjouissante.

Il vous met en joie comme seuls certains romans peuvent le faire. Ceux-là même qui réussissent à vous transmettre cette euphorie qui vous empêche de refermer votre bouquin malgré la fatigue pesante du soir et celle qui vous le fait rouvrir si tôt que votre pupille s’y prête. Ce livre, c’est tout simplement près de 400 pages de bonheur (féminin), 400 pages à lire d’urgence.

 

 

Article vu 790 fois | © Phinedo.com, site des étudiants de l'Université Paris Dauphine
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Commentaires

paulin

paulin

Samedi 12 Septembre 2009 à 20:07

:yes:

Panda

Panda

Dimanche 13 Septembre 2009 à 12:15

"Dis oui, Ninon" je l'ai lu il est génial! Emoticone

clecle813

clecle813

Mardi 15 Septembre 2009 à 20:54

Ces articles tous les mois sur les livres sont vraiment géniaux merci Phinedo!!!!! Je viens d'attaques "le cercle des amateurs d'épluchure de patates" il est pour le moment super.
Merci phinedoooo

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