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Les critiques cannoises de l'ACD

Le Vendredi 27 Mai 2011 à 13:39 par sebbag

  

Les critiques cannoises de l'ACD

  Ces films ne sortiront que dans quelques mois. Découvrez dès à présent ceux qu'il ne faudra manquer sous aucun prétexte et ceux, au contraire, que vous pouvez d'ores et déjà rayer de votre liste "films à voir"

 

Les bien-aimés de Christophe Honoré
   Film de clôture - hors compétition

Les bien-aimés est une fresque musicale des romances de Madeleine, interprétée (jeune) par Ludivine Seigner puis par Catherine Deneuve ; et de sa fille Véra, jouée par Chiara Mastroianni. Christophe Honoré évoque en chanson les amours légères et les sentiments plus profonds de ses deux femmes appartenant à deux générations et époques différentes.
 

 On ne peut s’empêcher de comparer la seconde comédie musicale de Christophe Honoré à ses magnifiques Chansons d’amour réalisées en 2007. S’il avait alors réussi un savant mélange entre musique, intrigues, amours et amourettes, l’émulsion ne prend pas dans Les Bien-aimés.

Trop de personnages, trop de lieux, trop de dates, trop d’événements : en bref, trop d’éléments qui ne donnent pas à l’intrigue et aux personnages la profondeur nécessaire. La bande originale est également en cause. Alors qu’Alex Beaupain avait largement participé au succès des Chansons d’amour (il remporte le César de la meilleure musique en 2008), il signe dans Les bien-aimés douze chansons décevantes, assez plates voire niaises pour certaines.

On espère qu’il s’agit seulement d’une parenthèse pour ce réalisateur qui a su apporter de la fantaisie dans le paysage du cinéma français de ces dernières années.

 Laura Millet
Sortie en salle le 24 Août
 

The Artist de Michel Hazanavicius

Los Angeles, fin des années 20, George Valentin, star du cinéma muet, va devoir faire face aux révolutions technologiques. L'arrivée du cinéma parlant causera sa chute, quand parallèlement une nouvelle star, Peppy Miller, émerge. Le film raconte leur histoire, entre amour et rivalité.


  Un film en noir et blanc muet en 2011. Le concept fera rêver les amoureux du cinéma et ne laisse personne indifférent. Car derrière le concept, il y a la maîtrise, toute en finesse. Le film jongle parfaitement entre humour et drame, et la mise en scène est pleine d'inspiration, réussissant le pari fou de captiver le spectateur habitué au parlant.


Tout miser sur l'image et la bande son, c'est le coup de poker parfaitement réussi d'Hazanavicius auquel s'ajoutent les prestations grandioses de Dujardin et Béjot.

Adrien Palliez
Sortie en salle le 19 Octobre


Drive  de Nicolas Winding Refn

Un cascadeur tranquille et anonyme se métamorphose dès que la nuit tombe : il devient pilote de voitures pour le compte de la mafia. La combine est bien rodée jusqu'au jour où l'un des casses tourne mal et l'entraîne dans une course-poursuite infernale. Il veut se venger de ceux qui l'ont trahi...

Nicolas Winding Refn vient de remporter la palme du meilleur réalisateur pour sa première sélection au Festival de Cannes. Mais ce n'est pas une palme que Drive aurait dû remporter mais toutes les palmes. Car Drive a tout écrasé sur la croisette en amenant un souffle de liberté, de légèreté et de divertissement qui entre un film turc de 2h40 et un film japonais d’une lenteur exacerbée, ne peut faire que du bien.

Mais qui est donc ce Nicolas Winding Refn ? Même avec un nom imprononçable, Nico le danois a conquis le monde il y a 15 ans avec l’excellente trilogie des Pusher puis avec Bronson avant de le faire exploser avec Drive. On entend dire qu’il est le nouveau Scorsese, James Gray, Tarantino voire Kubrick. Mais il n’en est rien, Nicolas Winding Refn est seulement le réalisateur le plus talentueux, prometteur et excitant de sa génération.

Avec Drive, il transcende un simple film de commande en hommage vibrant au cinéma d’exploitation des années 70 et fait de son film ce que Boulevard de la Mort aurait dû être. Pour cela, il le dote d’une violence sans concession, de dialogues aussi rares que percutants, d’une bande originale somptueuse, et surtout d’une réalisation virtuose. Nicolas Winging Refn soigne chacun de ses plans, gère chacun de ses silences et de ses ralentis. Il a surtout compris qu’une scène d’action ne devait pas être filmée avec une caméra à l’épaule illisible, à la manière d’un Paul Greengrass, mais avec une caméra fixe plus proche des personnages, de manière à faire ressortir plus puissamment l’intensité dramatique de ses scènes.

Pour conclure Drive est tout simplement la grosse claque de ce festival de Cannes qui permettra enfin à Nicolas Winfing Refn d’acquérir la reconnaissance publique qu’il mérite.

 Naim Juhboo
Sortie en salle le 5 Octobre
 

Habemus Papam de Nanni Moretti

Nous avons un pape ! Effectivement, durant le premier quart d'heure du film, nous avons un pape. Le précédent pape vient de rejoindre son Père vers d'autres cieux, le Conclave s'est réuni, la fumée blanche a fait tressaillir la place Saint Pierre : le cardinal Melville (Michel Piccoli) devient le nouveau pape ! Enfin presque... Celui-ci ressent une terrible angoisse au moment de sa première bénédiction et fuit le plus connu des balcons, faisant ainsi attendre le monde entier pressé de découvrir le nouveau souverain pontife. 

C'est alors que le film bascule dans la comédie à l'italienne où le psy Nanni Moretti (qui réalise ici son 11ème film) décide de redonner de la joie à des cardinaux en proie au doute alors que le nouveau chef de l'Eglise Catholique n'en fait qu'à sa tête. Le film perd donc tout réalisme pour sombrer dans un humour outrageusement décalé et répétitif qui est bien loin de produire l'effet escompté. Si le premier gag vous fera certainement sourire, les suivants ne tarderont pas à vous lasser tout comme le film lui-même. Ni la bande son, ni la prestation des acteurs, ni la réalisation ne vous feront changer d'avis : on tient là la Palme de la déception.
 Le pape aurait sûrement mérité mieux...

Cyril Atchrimi
Sortie en salle le 7 Septembre

 

Le Havre de Kaurismaki

C’est avec plaisir que l’on retrouve un Kaurismaki en grande forme ! Pour les non-connaisseurs, Kaurismaki nous vient tout droit de la Finlande. Reconnaissable à la photo de ses films, un style sobre, minimaliste dans le jeu, Kaurismaki a le don de faire briller la solidarité entre les personnages de ses films. Le Havre n’échappe pas à la règle, pour le mieux. Un vrai diamant, petit bijou de la Croisette au sein des films sur la fin du monde, le clash des générations, le poids des traditions. Un petit film en apparence sans ambition et pourtant grandiose. Bref, un vrai régal

Dans la ville du Havre, Marcel, un cireur de chaussures sans histoires, vit son quotidien entre son métier et sa femme. La vie monotone du couple se retrouve chamboulée lorsque madame est atteinte d’une maladie incurable, lui imposant un alitement à durée indéterminée. Seul, il prend sous son aile un jeune Africain en situation illégale, et mobilise les gens de son quartier pour aider le garçon à gagner l’Angleterre. Sauf que la police est à sa recherche.
 Ce film m’a beaucoup fait penser à Welcome de Philippe Lioret, sauf que Lindon n’a plus de femme puisqu’elle est partie. Triste. Et le film prend une tournure plus documentaire sur la situation des sans-papiers à Sangatte. Génial.

Rien de cela ici ! Soyons clairs : le film est irréaliste. Et illumine dans sa sobriété. La mise en scène quasi théâtrale, le jeu statique, des décors dénués d’artifices nous éloigne du carcan des films sur l’immigration pour nous enfermer dans un microcosme hors du temps, remplis de gens simples, mettant en œuvre des moyens simples pour venir en aide au garçon. Le Havre semble projeté hors de l’époque dans laquelle l’intrigue se déroule. Les dialogues sont accessibles, polis, même envers la police si ce n’est pour dire, les gens se respectent. Il est impossible de passer à côté de la dimension sociale du film, mais celui-ci ne fait pas de ses personnages les porte-parole de l’injustice subit par les immigrants illégaux. Bien au contraire, avant l’arrivée du jeune garçon, les personnages se font plus de soucis pour leur biens et leurs affaires quotidiennes. En somme, Le Havre illustre que dans un monde d’indifférence, il suffit de peu pour regarder vers les autres et tendre la main.

A voir ! Et je recommande du même réalisateur l’Homme Sans Passé, autre fable sur la solidarité.

Clothilde Breillout
Sortie en salle le 21 Décembre

 

La piel que habito de Pedro Almodóvar

Robert Ledgard (Antonio Banderas) est un sacré chirurgien, c’est même l’un des meilleurs dans son domaine. Alors quand sa femme est victime d’un accident de voiture et qu’elle en ressort entièrement brûlée, il n’a plus qu’une idée en tête, recréer une peau artificielle qui aurait pu la sauver.


Ah oui mais ! Autre chose ! on a oublié de vous dire que Robert est un petit peu fou dans sa tête et qu’il aime se servir d’une patiente, Vera (Elena Anaya), comme cobaye pour expérimenter sa nouvelle peau révolutionnaire…

Entre conflits familiaux et coups de théâtre, l’ami Pedro nous offre un véritable film d’auteur dont il a le secret. Avec une psychologie des personnages extrêmement bien rôdée, un montage absolument ahurissant et une réalisation magistrale, l’Espagnol a de quoi se la péter sur les marches de Cannes.
On aimerait vous parler encore un peu plus du film mais, impossible d’aller plus loin sans révéler des éléments de l’intrigue au combien mystérieuse. Tant pis, on s’en contentera…

Alors, certains diront à la sortie « Mais qu’est-ce que c’est glauque ce film ! Ca m’a dégoûté ! »
Je leur répondrai « Allô ! C’est du Almodóvar ! Volver, La mauvaise éducation…  Ca vous dit quelque chose ?  Z’aviez qu’a allez voir Sexy Dance 3D si le glauque c’est pas votre truc.»

Enfin, si vous n’aimez pas le film, votre dermato, lui au moins, il aimera…

Pierre-François Legrain
Sortie en salle le 17 Août




Polisse de Maiwenn

Une jeune photographe suit le quotidien de la brigade de protection des mineurs pendant plusieurs semaines.

Le troisième long-métrage de la réalisatrice française restera sans doute comme LA surprise de ce festival. Maiwenn filme donc, sous la forme d’un docu-fiction, cette frange de la police un peu à part. Leurs affaires courantes sont la pédophilie, les viols, les abandons d’enfants, la prostitution de mineurs… On assiste alors, jour après jour, aux « aventures » de cette équipe d’une dizaine de personnes au gré d’interrogatoires hallucinants (une adolescente qui suce 2 garçons pour récupérer son portable volé sans y voir le moindre problème !, des conversations de victimes ou d’agresseurs d’une rare dureté), d’interventions en ville, de dicussions à la cantine, de lutte de pouvoir entre les différentes divisions.
Cependant, Maiwenn s’interroge également sur leurs vies hors boulot, leurs souffrances personnelles et on y observe des personnages singuliers mais qui tombe parfois légèrement dans la caricature (l’intello, le bogoss, la rebelle…).
La force de cette œuvre réside dans la faculté à nous faire ressentir les mêmes émotions que les protagonistes, à rentrer dans chaque personnage, à s’identifier à eux et à presque faire partie de cette équipe.

Dans ce film choral, où Maiwenn joue le rôle de la photographe, le casting est parfait en tout point, de l’équipe policière aux criminels/victimes que nous ne verrons que 5 minutes. Mais un acteur, que tout le monde attendait au tournant, crève l’écran. En effet, Joey Starr est bluffant de bout en bout.

Dès sa première scène, il remet en place une jeune banlieusarde lors d’une arrestation avec une habileté et une justesse saisissante. On oublie le rappeur qu’il est, on rentre dans son personnage (pas si loin de la réalité) d’écorché vif qui cherche à sauver la veuve et l’orphelin coûte que coûte. Il tantôt dure, colérique, incontrôlable, tantôt affectueux, drôle, simple et joue avec ces émotions avec une telle facilité. Et puis il a cette gueule et cette voix qui vous fait un acteur (comme un Romain Duris par exemple). A noter également, la bonne performance de Karin Viard, actrice qui a l’habitude de jouer comme une actrice de sitcom.

Le prix du jury est amplement mérité et il se positionne comme un césarisable en 2012.

Pierre-Marie
Sortie en salle le 19 Octobre 2011


The Tree of Life de Terrence Malick

Une réflexion sur la vie et la nature à travers une famille américaine.

Je préfère être honnête, j’étais à deux doigts de sortir de la salle au bout de 30mn. Si mes souvenirs sont exacts, l’idée ne m’est jamais arrivée à l’esprit depuis que je fréquente les salles obscures (c’est dire le supplice), et sans l’aura de Terrence Malick, je crois bien que je n’en aurai pas vu la fin.

Faisons simple. Le 5ème long métrage de l’américain (en presque 40 ans de carrière) est une œuvre hallucinante, presque un craquage cinématographique où Malick s’en donne à cœur joie dans ces thèmes de prédilection (la Nature et son rapport avec l’Homme, la mort, le paradoxe amour/haine). On voit clairement dans ce film deux parties ; la première, celle du cinéaste de génie, occupé à relater le quotidien d’une famille américaine de classe moyenne dans les années 60, de la rencontre des parents à la naissance de leurs trois enfants et la vie de famille qui s’en suit. Et cette vie se décrit comme un conflit permanent entre le père (Brad Pitt) et ses trois fils mais aussi avec sa femme qui est aussi douce qu’il est exigeant. Pitt est exceptionnel (il est selon moi le vrai prix d’interprétation de Cannes, mais variété des récompensés oblige, il ne pouvait en être) ; il est sévère, haissable, intransigeant, c'est-à-dire un patriarche à l’ancienne qui s’impose comme le chef absolu et impose sa vision et ses envies à sa famille sans discussion. L’ainé est en conflit permanent avec lui et souhaite justement imposer ses idées et il aimerait presque que son père meure. Cette chronique est en symbiose avec la nature, les protagonistes se réfugiant souvent dans celle-ci en faisant part de leurs pensées profondes.

Malick est ici à son summum, il exécute une série de plans sans réel fil conducteur mais ses plans sont murement réfléchis, la caméra navigue de personnages en personnages, de pièces en pièces, tel un courant d’air et on se laisse emporter dans ce conte dramatique. Celui-ci parait presque intemporel et parlera à n’importe qui

La seconde partie, celle du professeur de philosophie, est là aussi une série de plans, mais là sur la vie et sa création. S’y mêlent des images de la Terre, de cellules, de vagues, d’animaux qui touchent franchement le ridicule. Celle d’un dinosaure en épargnant un autre près d’un lac provoque presque un éclat de rire. Le trouble que cherche à créer Malick est bien présent, mais il est malheureusement fatigant, épuisant, comparable à un boxeur qui serait roué de coups. Le cinéphile en sort véritablement groggy (et la salle, mardi dernier, a produit un cri de soulagement que je n’aurais peut être plus jamais l’occasion de réentendre).

Et ces deux parties s’entremêlent tout au long du récit. On pourrait presque de parler d’une œuvre mélangeant Yann Arthus-Bertrand et Lars Von trier (vous ne voyez pas vraiment les deux ensembles ? Moi non plus… et pourtant…)

The Tree of Life a reçu la Palme, je ne pourrais pas dire que c’est immérité tant il parait incroyable, osé et superbe par instant à côté de tant de productions fades, mais je préfère dire que Malick la mérite pour 1h de pur génie, le reste relèvant sans doute de l’escroquerie…

Pierre-Marie
 Actuellement en salle






 

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Commentaires

LouBar

LouBar

Vendredi 27 Mai 2011 à 22:01

+1 pour la critique de The Tree of Life

LeBucheron

LeBucheron

Samedi 28 Mai 2011 à 11:34

+1 pour la critique Habemus Papam

CharlotteD

CharlotteD

Mardi 31 Mai 2011 à 21:48

+1 pour la critique de the tree of life

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